Les casinos doivent-ils sponsoriser les arts de rue ?

Après être sortis des salles de théâtre et des lieux conventionnels pour s’établir dans les lieux publics, les arts de rue pourraient-ils s’inviter désormais dans d’autres endroits ou peut-être même trouver d’autres mécènes désireux de les encourager ?

Dans les prospects tout désignés et qui opèrent dans le champ du divertissement et des loisirs, on pourrait penser à des acteurs privés mieux dotés que les Arts de rue et qui pourraient trouver un intérêt à sponsoriser ces derniers. Si nous pensons aux casinos c’est que la chose n’est pas sans relation. Comme on le verra, bien au delà de proposer des jeux d’argent à leur clientèle, les casinos et établissements de jeux sont, en effet, souvent associés à la vie culturelle locale. Mais avant de revenir sur ce point, disons un mot des casinos en France et de leur marché.

Les casinos en France

Sur le continent européen, la France est souvent considérée comme le « pays des casinos ». Elle fait, en effet, montre d’un patrimoine casinotier très fourni. En moyenne, le territoire abrite plus de 200 établissements de jeux et de divertissement.

Aujourd’hui, les casinos font largement partie du paysage mais il faut dire que la pratique de jeux d’argent ne date pas d’hier en France. En effet, le tout premier casino français a vu le jour en 1804 sur l’initiative de Napoléon. À partir de cet instant, plusieurs dispositions ont été adoptées pour réglementer le secteur. Dès 1906, une loi a été votée pour interdire l’ouverture des casinos en dehors des villes balnéaires ou thermales : une façon de favoriser le tourisme thermale tout en limitant la pratique des jeux de hasard chez les ouvriers et le reste du public français qui explique la surreprésentation actuelle des casinos au sein des villes d’eaux.

Aujourd’hui, tous les départements ne sont pas pourvus de casinos loin de là ce qui n’empêche pas pour autant le secteur de prospérer dans ses activités. Sur la période comprise allant de 2015 à 2016, le chiffre d’affaires réalisé par les établissements de jeux d’argent surpasserait la barre des 2 milliards d’euros. Au regard de ces chiffres, les jeux d’argent apparaissent clairement comme des contributeurs publics de taille. D’un point de vue objectif, ils pourraient même être une excellente source de revenus pour l’État même si, comme dans toutes sociétés, il faut contrôler l’équilibre entre loisirs et abus de consommation potentiels.

Casinos et vie culturelle

Quoiqu’il en soit, le secteur continue de tirer son épingle du jeu et nous en parlons pour une raison bien particulière, ici. En effet, bien souvent, les casinos se sont retrouvés étroitement liés au monde artistique. De nos jours encore, ils proposent des spectacles divers (magie, concert…). Certains ont même à leur disposition de somptueux théâtres ou de superbes salles de spectacles.

Ainsi, pour donner quelques chiffres à ce propos, le groupe Barrière, célèbre acteur du casino en France, affiche pas moins de 3 000 spectacles divers et animations sur ses scènes à l’année. Également, le groupe de jeux fait en sorte de s’impliquer activement en tant que sponsor dans la culture locale. Enghien Jazz Festival ou Les Moments musicaux de La Baule sont, par exemple, des évènements à son initiative.

Le groupe de casino Partouche, autre grand des jeux en France, n’est pas non plus du reste. En plus de son parc gigantesque de plus de 5300 machines à sous pour près de 250 tables de jeux traditionnels répartis dans tous ses casinos (blackjack, roulettes, boules, poker…), il dispose d’un grand nombre de salles de spectacles dans ses établissements. Il ne se prive d’ailleurs pas de les mettre en exploitation : magie, humour, concert, soirées en tous genres, ce sont là aussi des milliers de spectacles proposés au cours de l’année à la clientèle et aux joueurs. Le groupe possède aussi une plateforme de casino en ligne.

Il y a là de quoi héberger bien des artistes en mal de représentations mais peut être, plus encore, de quoi trouver là des volontés propices d’encourager de nouvelles formes d’art. Après tout, les casinos brillent par leur implication dans le monde du spectacle mais aussi par leurs expositions artistiques pour certaines (photos, peintures, sculptures, etc…). Leur volonté d’être un acteur non seulement du secteur du divertissement mais aussi du secteur culturel n’est donc plus à démontrer.

Pourquoi les casinos devraient-ils soutenir les artistes et les arts de rue ?

Ce n’est pas un secret, les arts de rue manquent de financement et les festivals qui les présentent pourraient être largement plus nombreux sur le territoire. Pour les casinos désireux de s’impliquer réellement dans la vie locale, co-sponsoriser les Arts de Rue pourrait prendre la forme de happening, d’événements isolés ou même de festivals. Cela pourrait être une excellente occasion de toucher de nouveaux publics, tout en montrant un vrai désir de participer pleinement à la vie culturelle.

Inutile de rappeler que des mesures existent également pour aider les établissements de jeux qui s’impliquent dans les évènements dédiés aux arts de rue. À partir de 1947, une disposition fiscale a notamment été prise pour réduire l’assiette du prélèvement progressif à hauteur des dépenses engagées pour l’organisation d’un évènement artistique.

Cette disposition déjà en œuvre pour les établissements de jeux permet de les inciter à développer et améliorer leurs offres culturelles et artistiques. Grâce à elle, les autorités publiques remboursent en moyenne près de 12 millions d’euros aux casinos. Avec la dernière réforme mise en place à ce sujet, un dispositif de crédit d’impôt remboursable vient remplacer ce système d’abattement.

Pour ajouter un dernier argument, il est certain que nombre de joueurs ne verraient pas d’un mauvais œil que leur établissement de jeux favori participe aussi à développer les arts en dehors de ses murs et contribue activement à la culture.

Bon, ce n’est qu’une idée et une bouteille à la mer mais toutes les pistes valent d’être explorer pour créer de synergies culturelles et économiques susceptibles de bénéficier aux Arts de rue.